Faute d’incarnation incontestée, leur stratégie repose moins sur la conquête du pouvoir que sur une bataille d’influence, avec l’espoir d’imposer leurs idées aux candidats plutôt que d’en porter un jusqu’à l’Elysée.
Là réside le paradoxe de cette galaxie où tous s’accordent à dire qu’il existe un frémissement, mais dont beaucoup craignent qu’il s’éteigne. “Il manque trois ingrédients clés : l’organisation, le programme et l’incarnation”, esquisse l’ancien ministre Renaud Dutreil. “C’est comme dans les phases prérévolutionnaires, vous avez en fait une ébullition, une effervescence, ça bouillonne, mais ça ne prend pas corps.”
Il n’a pas échappé aux libéraux qu’ils manquent de maturité politique pour produire un candidat crédible en 2027, et ce même si, selon un récent sondage Ifop, 68% des électeurs se disent prêts à voter pour un candidat proposant une “thérapie de choc” fondée sur le déficit zéro, la baisse des dépenses publiques et des impôts.
Renaud Dutreil appelle à faire émerger une candidature issue du “camp des producteurs”. D’après son diagnostic, inspiré de Saint-Simon, la voix des “abeilles” (travailleurs, indépendants, entrepreneurs) est étouffée par celle des “frelons” (les responsables politiques). Dans une tribune cosignée avec Sophie de Menthon, il a lancé récemment un appel à candidatures pour représenter cette France qui produit.
Sans se déclarer lui-même candidat — quoi qu’il y pense —, il esquisse une stratégie : faire émerger une figure capable de peser comme arbitre au soir du premier tour. “Il est possible de présenter une candidature et de négocier ensuite avec l’un des finalistes en fonction de la reprise de nos idées”, explique-t-il. Une hypothèse optimiste pour des électeurs orphelins d’un candidat depuis Alain Madelin et ses 3,91 % obtenus en 2002.
L’ancien ministre, âgé de 80 ans, est un invité régulier des plateaux de télévision et des conférences. Il a créé l’année dernière Kairos, (“le moment opportun”, en grec) qui se ne présente ni comme un parti, ni comme un think tank, mais comme une plateforme d’idées libérales boostée par l’IA.
Ne souhaitant pas “se mettre à la remorque de tel ou tel candidat”, il encourage ses disciples “à faire grandir des causes et des solutions qui s’imposent d’elles-mêmes” et qui finiront “ par être “récupérées par des hommes politiques”, professait-il récemment lors d’une conférence à Paris.



